BIOGRAPHIE
Anne Laure de Chillaz est une artiste française dont le travail explore la frontière entre le figuratif et l’abstrait, mettant en lumière la puissance et la fragilité du vivant. À travers la sculpture, elle façonne des œuvres qui interrogent la matière et le mouvement, tout en célébrant la liberté et l’élan vital.
L’artiste a débuté la sculpture avec la taille directe de la pierre, apprenant à révéler des formes enfouies dans la matière brute. Cette relation avec les éléments naturels s’est ensuite prolongée dans son travail du bronze, où elle intègre du bois et des fibres végétales. Comme la pierre, ces matériaux organiques portent l’empreinte du temps et conservent, dans le métal, une trace vivante de leur origine.
Son univers sculpté ne se limite pas au règne animal. Personnages, bustes ou figures marines prennent forme sous ses mains, explorant tour à tour l’élégance des corps, la tension des postures ou l’évanescence du mouvement. Chaque pièce témoigne d’un travail de précision extrême, notamment dans le rendu des textures et des jeux d’ombre et de lumière, repoussant les limites du bronze pour en révéler toute la finesse.
À travers cette approche, Anne Laure de Chillaz crée des œuvres qui résonnent comme des hommages sensibles aux êtres vivants et à leur lien profond avec leur environnement.
Texte écrit par Agnès Balmont, journaliste.
Cœur de pierre :
Scie à la main, casque antibruit sur les oreilles, masque anti-poussière sur le nez Anne-Laure tronçonne la pierre brute. Puis elle burine, martèle, cisaille cette ébauche, avant de la frotter, l’épousseter et la caresser à l’infini... Il faudra des semaines pour que surgisse de l’informe, une forteresse minérale mystérieusement émotive dans sa vivante immobilité. Un long chemin dans lequel Anne-Laure met toute sa patience.
La première rencontre avec la pierre s’est faite dans la carrière où elle est allée la chercher. Mais c’est dans son atelier, alors qu’elle fait éclore sa précédente création, qu’Anne-Laure commence à imaginer l’œuvre à venir, dans un lent apprivoisement. Forme, matière couleur, elle se nourrit de l’idée que la pierre brute lui murmure. Qui apprivoise qui ? Dans ce face à face, tendre et charnel, Anne-Laure cherche le cœur de la pierre. Est-ce lui qui lui souffle un nom ? Les dés sont joués. De la forme qu’elle entrevoit, nait le nom.
Ce baptême, guidera tout son travail d’artiste. Elle peut se lancer. Elle n’aura de cesse que de réveiller, de faire sourdre de cette solitude millénaire, l’âme qui l’attendait, peut-être depuis la création du monde. Qui sait ?
La pierre dicte sa loi. Cela dépasse l’artiste. Anne Laure doit prendre en compte ses nervures, percevoir ses singularités, desceller ses fragilités.
Pourtant cette veine si délicate s’avère souvent prodigieuse lorsqu’elle est respectée. Elle incarnera toute la particularité de l’œuvre, sera l’expression de son identité absolument unique. Et si la pierre casse malgré tout ? Il est très rare qu’Anne-Laure l’abandonne. La pierre lui dicte son chemin. Elle va contourner.
Anne-Laure joue avec la pierre pour donner tout son caractère à la sculpture. Elle lisse à l’infini ou laisse la terre brute telle que la nature l’a donnée. Elle ajoute de la feuille d’or pour ajouter de la lumière, ou affine la pierre pour mettre en avant sa transparence.
Anne-Laure façonne chacune de ses sculptures pour qu’elle soit source d’apaisement et qu’elle captive celui qui la contemplera.
PORTRAIT
Terre mystère :
Des notes douces et claires de musique classique s’élèvent dans l’atelier. Ici l’atmosphère est tranquille. On y entend une musique de fond paisible. Loin du fracas de la pierre, les sculptures en terre d’Anne laure naissent dans le calme. Les mains de l’artiste courent, malaxent, compriment, jouent.
De la terre Anne-Laure aime l’instantanéité. Elle ajoute, enlève, fait, défait, refait 10 fois ! Aucune importance ! Cela fait partie du processus créatif ! Alors que la pierre définit sa loi, avec la terre c’est l’harmonie de la matière qui est recherchée. L’artiste dit qu’elle n’invente rien. Elle s’inspire du modèle, explore le concret, capte la ressemblance… Comme c’est reposant !
Pourtant, il serait trop facile de se satisfaire de cette apparente évidence. La panthère sur son étagère est-elle aussi décontractée qu’il n’y paraît au premier regard ? Pourquoi ce couple sur sa planète n’a-t-il que deux jambes et pas de bras ? Qu’a pu vivre le loup de mer aux traits burinés, que contemple-t-il ? Où va-t-il ?
Anne-Laure laisse volontairement un coté brut à la sculpture. Alors qu’elle peut lisser la pierre à l’infini, Anne-Laure laisse la terre un-finie.
La beauté ou la ressemblance ne sont pas son absolu. Concrète, son œuvre incarne pourtant un point d’interrogation. Elle ne dit pas tout, garde sa part de mystère. Charge celui qui l’aimera de la continuer par son émotion.
L’œuvre en terre achevée, Anne-Laure utilise la technique de la cire perdue pour couler la sculpture en bronze, tel que cela se faisait déjà il y a 5000 ans.
L’inaltérable bronze permet d’accentuer les détails les plus fins de la pièce. Il révèle toute sa beauté et lui confère une part d’éternité.